Révision

 

 Ainsi s’achève le travail qui m’a été demandé pour illustrer le procès en révision de Jeanne D’arc, l’innocentant de son accusation en sorcellerie et relapse,  25 ans après sa mort. On laissera l’histoire aux historiens, et, pour ma part, on se focalisera sur les raisons qui ont fait de ce projet un travail très intéressant à plus d’un titre.

 

 

 D’une part, il s’agissait de réaliser une série de planches pour une Bande Dessinée historique. Outre les impératifs liés à la nécessité d’une bonne documentation, afin de faire accepter ce propos narratif à un lectorat potentiellement féru d’exactitudes historiques, et autres sodomiseurs de coléoptères (après tout, à l’heure actuelle, il n’y a plus aucun témoin vivant de cette scène, et il ne reste que des archives qui resteront toujours influencées par les esprits des contemporains qui les ont écrites), ma volonté a été d’éviter de tomber dans un découpage ennuyeux, limite « plan-plan », qu’on attribue à trop de productions « historiques » ; trop esclaves de descriptions issues d’archives, qui donnent trop souvent l’impression qu’à l’époque des faits relatés, tout le monde était déjà mort. L’académisme et la précision historiques sont certes importants, mais elles ont cette étrange faculté de donner l’impression « d’enlever le vivant » aux époques qu’elles décrivent... Ne jamais oublier que Jeanne d’Arc a eu très probablement envie d’uriner pendant son existence (et là, je sais que nombre de mes lecteurs me demanderont « même sur le bûcher ? » ce en quoi je répondrai « oui : de peur... Et ça n’a pas du être très marrant pour elle. Mourir de cette façon est l’une des manières les plus dégueulasses que l’on puisse imaginer »).

 

 

 Bref... Même si on voit peu Jeanne dans ces cinq planches, j’avais besoin, au même titre que chacun des protagonistes qui apparaissent dans les cases, de savoir « à quel point ils étaient vivants ».

 

 

 Il a fallu aussi dynamiser le découpage. Le récit historique ici décrit est une forme de flash fack ; témoignage d’un drame humain majeur, qui c’est déroulé 25 années plus tôt. Je me suis donc attaché à donner un aspect assez « comics » à l’ensemble, faisant chevaucher les captions et phylactères au dessus des gouttières de la planche, favorisant des « cases à fond perdu » des cadrages serrés et dé dynamiques,  et un rythme de découpage plus syncopé qu’un découpage franco-belge classique. Vu le thème et le sujet, c’était un risque, mais l’éditeur m’a totalement fait confiance dans cette prise de risque... D’ailleurs, je me demande si je n’ai pas été choisi pour ce récit à cause de ma furieuse tendance à préférer le format comics au format franco-belge.

 

 

 D’autre part, un point narratif était très important dans le scénario de ces cinq pages : le flash back. Là, il m’a été demandé de penser en amont au travail du coloriste. Les pages en Flash Back vont être traitées en variation de sépia, avec des contrastes plus légers. De fait, il a fallu penser les ombres, que j’ai l’habitude de traiter en encrage noir lourd, de façon à pouvoir en faire des espaces à colorer... il fallait que, dans ma tête, je « traduise » les zones d’ombre, noires, en espaces blancs à remplir en post-production... Comme si je cherchais à « cerner les ombres ». Il fallait penser le noir en blanc.    

 

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